L’église Saint-Martin : un patrimoine de pierres, de lumière… et de mémoire
À Longueil-Annel, l’église Saint-Martin fait partie du paysage. On la croise presque chaque jour, silhouette familière dressée au cœur de la commune, sans toujours imaginer les histoires qu’elle renferme.
Pourtant, derrière ses murs de pierre se cache un véritable livre d’histoire à ciel couvert, peuplé de symboles, de signatures, de familles locales et de détails souvent oubliés.
Comme l’écrivait Voltaire : « Malheur aux détails, la postérité les néglige tous ! »
Et pourtant, ce sont justement ces détails qui donnent une âme aux lieux.
Une église née de plusieurs siècles d’histoire
L’église actuelle est en réalité la troisième connue sur le territoire de Longueil-Annel. Construite au début du XXe siècle, elle remplace un édifice plus ancien devenu dangereux et menaçant ruine.
Le chantier, financé en grande partie par l’abbé Darras, natif de Longueil-Annel et prêtre à Pont-Sainte-Maxence, représente alors une somme considérable : 58 400 francs, dont 44 000 apportés par le religieux.
a Première Guerre mondiale vient toutefois ralentir les travaux et le clocher ne sera achevé que plusieurs années plus tard.
Pendant un temps, l’ancien clocher demeura même à côté du nouvel édifice, comme un étrange campanile veillant sur la nouvelle église.
De style néogothique simplifié, l’édifice possède une particularité rare : il est désaxé. Son chœur ne pointe pas exactement vers l’Est, comme c’est traditionnellement le cas dans l’architecture religieuse, mais vers le Sud-Est.
Mais l’histoire du lieu remonte encore plus loin.
Dans les années 1970, la découverte d’une importante nécropole mérovingienne dans le secteur du Martelois, comprenant 444 tombes et 45 sarcophages datant du Ve au VIIIe siècle, laisse penser qu’une première église primitive devait déjà exister à proximité. Cette hypothèse expliquerait également pourquoi l’église de Longueil-Annel est placée sous le patronage de Saint Martin, figure particulièrement vénérée à l’époque mérovingienne.
Charles de Péhu : un seigneur du XVIe siècle toujours présent
En entrant dans l’église, sous le porche, le regard peut être attiré par une ancienne pierre tombale.
Elle appartient à Charles de Péhu, écuyer et seigneur en partie de Longueil, décédé le 25 décembre 1568.
Sa sépulture, autrefois placée dans l’ancienne église, a été conservée lors de la reconstruction du bâtiment.
Au-delà de son intérêt historique, cette pierre possède un détail remarquable : le blason de Charles de Péhu est toujours visible… et continue d’inspirer les armoiries utilisées aujourd’hui par la commune.
Un fragment du XVIe siècle encore discrètement vivant dans le Longueil-Annel contemporain.
Un monument aux morts partagé avec des dizaines de communes françaises
Dans le bas-côté droit de l’église se trouve le monument aux morts paroissial. Peu de visiteurs le savent, mais cette œuvre possède une histoire étonnante.
La statue représente un soldat couronné de lauriers par un ange ailé.
éalisée après la Première Guerre mondiale par le sculpteur Charles Desvergnes et éditée par Marcel Marron, elle fut diffusée dans de nombreuses communes françaises sous le titre « L’ange de la reconnaissance couronnant un soldat ».
Cette œuvre connut un immense succès après 1918. On en retrouve aujourd’hui des exemplaires aux quatre coins du pays, de Niort jusqu’à la Corse.
Plus près de nous, une version similaire est également visible à Thourotte.
À Longueil-Annel, ce monument porte naturellement les noms des habitants morts pour la France, inscrivant ainsi l’histoire nationale dans la mémoire locale.
Les vitraux : le joyau coloré de Saint-Martin
Impossible d’évoquer l’église sans parler de ses vitraux. Réalisés en 1959 par les maîtres verriers Claude Blanchet et Jean-Pierre Lesage, ils donnent au lieu une atmosphère singulière.
Rouges profonds, bleus lumineux, verts éclatants ou jaunes dorés viennent transformer la lumière du soleil picard en une véritable peinture mouvante. Certaines baies et oculi révèlent même une approche très moderne pour l’époque, loin de l’image parfois jugée trop classique de l’édifice.
Dans le chœur, trois grands ensembles racontent la Passion du Christ, la vie de Joseph, sujet assez rare dans l’art religieux, ainsi que la vie de Saint Martin.
Ces vitraux constituent aujourd’hui l’un des trésors artistiques les plus remarquables de l’église, mêlant tradition religieuse et esthétique contemporaine.
Les familles de Longueil-Annel gravées dans la pierre
En levant les yeux vers la nef, le visiteur peut apercevoir de nombreux cartouches portant des noms de familles locales : Dusart, Disant, Degage, Vennemann, Demarez, Dartois et bien d’autres.
Ces inscriptions semblent correspondre aux familles donatrices ayant contribué à la construction de l’église. Placés sous les piliers, leurs noms deviennent symboliquement les soutiens mêmes de l’édifice.
Derrière ces patronymes se dessinent des morceaux de vie locale : pilotes de péniches, aubergistes, débitants, agents de remorquage ou anciens élus. Toute une mémoire populaire discrètement intégrée à l’architecture du lieu.
Un patrimoine à regarder autrement
Au-delà de sa fonction religieuse, l’église Saint-Martin est avant tout un témoin de l’histoire de Longueil-Annel.
Chaque pierre, chaque vitrail, chaque nom inscrit raconte une partie de l’identité de la commune.
La prochaine fois que vous franchirez ses portes, prenez le temps d’observer ses détails. Les monuments les plus familiers cachent parfois les récits les plus précieux.
Et peut-être découvrirez-vous aussi un dernier secret : l’altitude exacte à laquelle l’église est construite…
Article inspiré des recherches de Laurent FOURNIER - Archiviste de la CC2V
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